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Comment l’impression 3D a-t-elle bouleversé l’industrie musicale ?

Publié le 1 mai 2024 par Mélanie W.
industrie musicale impression 3D

La fabrication additive est arrivée dans le monde de la musique pour le révolutionner de fond en comble. Ce n’est pas la première fois que nous assistons à des bouleversements grâce à l’impression 3D dans un secteur, mais dans celui-ci, nous avons pu voir comment elle a non seulement transformé et optimisé les processus de fabrication d’instruments ou d’œuvres d’art, mais a également réussi à leur apporter une valeur ajoutée. Elle a facilité l’accès à la musique par et pour tous, en ouvrant de nouvelles possibilités créatives, en ramenant certains instruments du passé, en aidant les personnes dans le besoin et en améliorant l’expérience musicale. L’impression 3D a également rendu l’industrie musicale durable et bénéfique pour l’environnement. Dans ce qui suit, nous verrons comment l’impression 3D a influencé ces aspects et nous comprendrons un peu mieux en quoi consistent ces changements dans ce secteur. Les instruments imprimés en 3D sont-ils plus accessibles ? Est-il vrai qu’on assiste à une amélioration dans la conception et la personnalisation des produits musicaux ? Les musiciens disposent-ils d’un nouvel outil précieux pour projeter leur avenir ?

Une voie vers la durabilité dans l’industrie musicale grâce à l’impression 3D

L’impression 3D a une grande capacité à améliorer l’efficacité des processus de production, car elle permet de concevoir numériquement un produit puis de le construire avec précision, en évitant et en prévenant les éventuelles erreurs de fabrication. Grâce à cette technologie, il est possible de concevoir un prototype et d’anticiper sa production finale, en testant ce que l’on veut construire d’une manière beaucoup moins coûteuse et efficace, tout en éliminant les éventuels déchets qui pourraient être causés par les méthodes traditionnelles. Dans le domaine de la musique, l’impression 3D a un énorme potentiel pour promouvoir un monde plus durable. Celui-ci se reflète à la fois dans la fabrication elle-même et dans la résolution de certains problèmes de l’industrie par exemple le manque de durabilité. Les produits tels que le vinyle sont fabriqués en polychlorure de vinyle (PVC), un matériau plastique non biodégradable qui contribue à la pollution de l’air lorsqu’il est brûlé.

Crédits photo : Unsplash

Nous avons donc une industrie qui s’appuie sur des matériaux et des procédés de fabrication dépassés. L’impression 3D pourrait être une alternative : elle permet de fabriquer des instruments de musique, des composants audio et des disques vinyles, entre autres, en utilisant des matériaux plus respectueux de l’environnement. Grâce à l’impression 3D, il est possible de réduire la dépendance à l’égard des matériaux plastiques non biodégradables et d’explorer des options plus durables. Le travail de Green Vinyl Records, une entreprise néerlandaise qui produit des disques vinyles, en est un exemple. Au lieu d’utiliser des plastiques traditionnels, Green Vinyl Records utilise des matériaux respectueux de l’environnement pour créer des disques qui conservent la même qualité et le même son qu’auparavant. En outre, l’entreprise affirme que son processus de fabrication permet d’économiser 60 % de la consommation d’énergie et d’accélérer le temps de production.

Un autre exemple est celui de la guitare électrique « Greenaxe » fabriquée par Olaf Diegel est le reflet de ce mouvement. En utilisant de la sciure de bois recyclée, un liant pour le bois et une imprimante 3D, M. Diegel est parvenu à minimiser les coûts de fabrication. Le résultat est une magnifique guitare artisanale fabriquée à partir de matériaux recyclés, qui rend la musique plus abordable et plus accessible sans s’appuyer sur des processus non durables.

La guitare électrique « Greenaxe » fabriquée par Olaf Diegel (crédits photo : Olaf Diegel)

Fona est spécialisée dans l’impression 3D d’instruments de musique. Son CEO, Martin Juarez Brizzi, nous a confiés : « L’impact principal est la simplicité et la réduction des coûts de fabrication. Si l’on compare la lutherie traditionnelle à notre lutherie numérique, toutes les modifications que nous apportons aux instruments doivent d’abord être conçues à l’aide d’un programme de modélisation en 3D. Il est alors possible d’explorer des options artistiques et/ou fonctionnelles, de planifier l’instrument, de combiner des matériaux, etc. »

L’impression 3D joue également un rôle important dans la commercialisation des produits des musiciens. Cette technologie permet de fabriquer des solutions personnalisées et exclusives : qu’il s’agisse de reproduire des instruments anciens difficiles à trouver pour en jouer lors de leurs concerts ou de créer de nouveaux designs pour leurs produits dérivés, l’impression 3D est devenue un moyen de production de produits musicaux plus accessible et plus rentable. 

Production d’instruments de musique

Lorsque les mondes de la technologie et de l’art se rencontrent, il y a généralement des divergences. Les musiciens et les concepteurs d’instruments plus traditionnels affirment que les instruments imprimés en 3D ne produisent pas un son aussi bon, tandis que d’autres soutiennent que la technologie permet des conceptions plus précises, moins de poids et donc des instruments de meilleure qualité.

L’impression 3D a révolutionné la façon dont les instruments de musique sont créés et rendus accessibles, ce qui en fait un outil précieux à cet égard. Grâce à l’utilisation de matériaux et de technologies spécifiques, il est possible de fabriquer des instruments présentant des caractéristiques sonores et physiques particulières, ce qui n’était pas possible auparavant avec les techniques de production conventionnelles. La technologie de l’impression 3D a libéré l’accès aux instruments de musique, les rendant plus accessibles et plus abordables pour les musiciens du monde entier. Les musiciens peuvent désormais obtenir des instruments personnalisés qui répondent à leurs besoins et préférences spécifiques, sans devoir compter sur une offre limitée sur le marché ou même pouvoir les fabriquer eux-mêmes à partir de plateformes en ligne telles que Thingiverse ou MyMiniFactory.

Le Grand Piano de Monad Studio (crédits photo : Monad Studio)

Oui, l’impression 3D permet également de créer de nouveaux instruments de musique qui combinent des éléments de différents instruments existants. Il en résulte la création de solutions hybrides qui présentent des caractéristiques sonores et physiques uniques. L’impression 3D offre une plus grande liberté dans l’exploration de nouveaux concepts et dans la création d’instruments personnalisés adaptés aux besoins individuels des musiciens. « L’aspect le plus intéressant de la fabrication numérique n’est pas de remplacer tous les composants par l’impression 3D, mais de combiner l’impression 3D avec les méthodes existantes et, de cette manière peut-être, d’avoir un impact sur la productivité, d’étendre la personnalisation d’un instrument, de lui donner plus d’arguments artistiques ou fonctionnels« , poursuit M. Martín.

Technologies et matériaux de l’impression 3D pour l’industrie musicale

Les instruments de musique imprimés en 3D sont fabriqués à partir d’un large éventail de matériaux : PLA, ABS, PC, ULTEM, ASA ou encore PETG sont utilisés pour les solutions en plastique.  Des poudres métalliques peuvent aussi être imprimées en 3D pour ce type de créations. L’utilisation de ces matériaux dépend des résultats et des objectifs du fabricant. Afin d’améliorer la résistance globale des instruments de musique imprimés en 3D, ceux-ci sont souvent renforcés par des fibres courtes ou continues. Ensuite, un post-traitement peu être appliqué pour obtenir la finition de surface souhaitée.

« Depuis le début, nous utilisons le FDM pour fabriquer les becs Syos. Notre cahier des charges est très exigeant, d’autant plus que les musiciens vont mettre le produit en bouche. Nous avons fait développer par une société française un matériau spécifiquement adapté à nos besoins« , explique Maxime Carron, cofondateur de Syos, créateur de becs de saxophones imprimés en 3D.

Si l’on parle des technologies de fabrication, on peut trouver celles qui conviennent à chaque type de matériau et d’instrument. Par exemple, si l’on parle d’un ukulélé en ABS, on peut le trouver sous forme de filament pour l’impression 3D FFF, ou si l’on parle d’une trompette imprimée en 3D, on aura besoin de métal en poudre et on pourra utiliser les technologies DMLS ou EBM.

industrie musicale impression 3D

Un saxophone réalisé par impression 3D (crédits photo : Odisei Music)

L’entreprise catalane Odisei Music se consacre à la conception et à la fabrication d’instruments à vent électroniques imprimés en 3D, le plus célèbre étant son saxophone électronique. Baptisé Travel Sax, il utilise la technologie Multi Jet Fusion dans le processus de production. Son objectif est de diffuser la musique dans le monde entier en aidant les musiciens à développer leurs compétences musicales de manière plus rapide et plus facile, démontrant ainsi le potentiel de la technologie dans ce secteur

Ramón Mañas, le fondateur, explique : « Nous utilisons l’une des imprimantes Multi Jet Fusion de HP pour fabriquer nos saxophones imprimés en 3D. Cette machine nous permet de fabriquer des pièces finales avec de très bonnes finitions esthétiques et mécaniques. Nous utilisons également cette technologie en raison de sa production élevée. Nous pensons que pour le type de produits que nous concevons et fabriquons, c’est celle qui répond le mieux à nos besoins« .

L’accessibilité à la musique grâce aux nouvelles technologies

L’impression 3D dans l’industrie musicale peut également améliorer l’accessibilité aux instruments. À cet égard, Frank DeFalco, directeur de Canada Makes, une organisation dédiée à l’impression 3D, a déclaré que « les instruments imprimés en 3D ne sont ni pires ni meilleurs, mais simplement différents dans leur approche » dans une interview accordée à Design Engineering. Dans la plupart des cas, l’accent est mis sur l’amélioration de l’expérience du musicien et sur l’aide qu’il peut lui apporter. Un exemple qui illustre la création d’instruments pour les rendre plus accessibles et plus confortables est celui de Robert Hunter, doctorant en ingénierie à l’université d’Ottawa, qui a conçu une clarinette et un bracelet qui fonctionnent ensemble pour aider le musicien à supporter le poids de l’instrument pendant de longues périodes. L’inspiration lui est venue de sa propre expérience de la clarinette au lycée, où il souffrait d’une douleur intense au tendon du pouce après des heures de pratique.

Les personnes malvoyantes ont également trouvé un moyen accessible de lire les portées grâce au projet mené par Kim Yeaji et une équipe de chercheurs de l’université du Wisconsin. Kim a perdu progressivement la vue et a découvert dans la musique un moyen de se connecter au monde. L’objectif était d’utiliser l’impression 3D pour concevoir des portées musicales lisibles au toucher. « Il ne s’agissait pas seulement de construire un prototype pour elle ou pour l’école de musique. Il s’agit d’une véritable collaboration où nous avons travaillé avec Kim pour comprendre ses besoins et trouver des solutions ensemble« , explique l’un des ingénieurs impliqués dans le projet.

Le projet, baptisé « Tactile Stave Notation », vise à recréer des partitions sur papier à l’aide de reliefs distincts qui peuvent être non seulement lus, mais aussi reconnus par le sens du toucher. Pour y parvenir, une impression 3D très détaillée était nécessaire. Les chercheurs ont donc utilisé la technologie du frittage sélectif par laser (SLS), qui leur a permis d’obtenir une meilleure résolution et de recréer les notes sous la forme de petites élévations sur la partition.

« Il reste un long chemin à parcourir pour rendre la musique plus accessible, et le fait que de nouvelles technologies telles que l’impression 3D soient utilisées pour la fabrication peut contribuer à aiguiser l’appétit des amateurs de technologie. La musique a encore une image très traditionnelle, du moins en France. L’utilisation de couleurs et de matériaux inhabituels, ainsi que la rupture des codes, peuvent également générer une forme d’attraction par la nouveauté qu’ils apportent à un marché vieillissant et très démodé. C’est en tout cas ce que nous espérons chez Syos« , poursuit Maxime Carron. Il est clair que même s’il y a encore du travail à faire, l’impression 3D est l’outil parfait pour tendre vers l’accessibilité de l’industrie musicale.

En conclusion, l’impression 3D est un allié de taille pour l’industrie musicale, permettant dee créer des instruments et des disques qui sont à la fois bénéfiques pour l’environnement et accessibles à tous. Le processus peut commencer par la modification des matériaux utilisés, la réduction des déchets et l’écoute active des personnes dans le besoin. Peut-être qu’à un moment donné, nous obtiendrons des vinyles provenant de sources durables, qui pourraient être imprimés dans les magasins de disques eux-mêmes. Ou peut-être pourrons-nous nous rendre dans un magasin d’instruments de musique et avoir la possibilité de personnaliser notre instrument en fonction de nos besoins spécifiques. Seul l’avenir nous le dira.

Que pensez-vous de l’utilisation de l’impression 3D dans l’industrie musicale ? N’hésitez pas à partager votre avis dans les commentaires de l’article. Retrouvez toutes nos vidéos sur notre chaîne YouTube ou suivez-nous sur Facebook ou Twitter !

Les 2 commentaires

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  1. Abadie dit :

    Article qu ne m’a pas convaincu, en particulier sous l’aspect purement musical des instruments, le son. Il est fait état de réduction du coût de production, ce qui permettra peut-être d’avoir des instruments d’entrée de gamme moins chers, et ainsi d’attirer potentiellement de nouveaux élèves, c’est bien. Mais réduction de coût ne rime pas avec qualité sonore, le travail empirique du luthier créant un instrument unique joué par les plus grands virtuoses, ne sera jamais remplacé, la conception 3d, ils l’ont au bout des doigts.
    Puis il y a une autre alternative, la numérisation du son.

  2. FluteCorp dit :

    Avis d’un fan d’impression 3D, mais également musicien pro et enseignant :

    Dommage qu’il n’y ai pas plus de références d’instruments cités (je les attends de pied ferme ! 😉), et dommage également que cette vidéo de clarinette présente une sonorité prodigieusement mauvaise….
    Quand à Thingiverse que j’adore, la fameuse flûte à bec, en FDM, a un son simplement abjecte…..
    J’avais mal au cœur quand dans mon Fablab, le président tout fier m’a présenté l’exemplaire me demandant de la jouer…… Pire qu’une flûte de supermarché….

    La sonorité devrait être la priorité…
    Bien dommage de devoir constater que ce ne soit pas le cas….

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