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Julia Körner, designer de l’impression 3D

Publié le 19 juillet 2018 par Mélanie R.
julie körner

Cela fait longtemps que l’impression 3D n’est plus cantonnée à l’industrie, au contraire, elle trouve des cas d’applications dans de nombreux secteurs. En plus d’être de plus en plus prisée dans l’architecture et la construction, certains artistes et designers ont recours à la fabrication additive pour dépasser certaines limites créatives. Julia Körner est l’une de ces designers que nous avons eu la chance de rencontrer pour en savoir plus sur son travail notamment sur les costumes qu’elle a créés pour le film Black Panther.

3DN: Pouvez-vous vous présenter et nous dire comment vous avez découvert la 3D ainsi que l’architecture et la mode?

Julia körner

Julia Körner (crédits photo: Pia Clodi)

Je suis une designer et je travaille de façon interdisciplinaire dans l’architecture, la conception de produit et la mode. Je vis et j’habite à Salzbourg et à Los Angeles. Mes projets de recherche se sont spécialisés dans l’impression 3D et les méthodes production digitales depuis quelques années. Mon travail a reçu des récompenses internationales et est exposé dans des musées et institutions dans le monde entier. Je suis la fondatrice et la directrice de JK Design à Salzbourg et mes contributions les plus récentes sont des articles de mode imprimés en 3D que j’ai développés dans des maisons de couture pour la Fashion Week de Paris et pour le film hollywoodien Black Panther.

J’ai un master en architecture obtenu à  l’Université des Arts Appliqués de Vienne, et un master en Technologies Émergentes et Design obtenu à l’Architectural Association de Londres. Depuis 2012, j’enseigne à l’Université de Californie à Los Angeles à l’Institut d’architecture.

En architecture, j’utilise l’impression 3D pour implémenter des designs numériques dans la modélisation. Il n’y a pas de limites en termes de complexité géométrique et les designs développés sur l’ordinateur peuvent prendre vie très facilement.

À Londres, j’ai utilisé l’impression 3D dans la fabrication de produits chez Ross Lovegrove Studio en tant que concepteur de projet entre 2007 et 2012. Depuis, je suis fascinée par la réalisation de designs numériques grâce à la fabrication additive à l’échelle 1: 1. La mode est de l’architecture à la plus petite échelle, l’espace direct qui entoure le corps; un excellent moyen de développer davantage la conception numérique et l’impression 3D, du prototypage rapide à la fabrication.

julia körner

Julia travaille dans les secteurs de l’architecture, du design et de la mode (crédits photo: Julia Körner)

3DN: Avec quelles technologies et imprimantes 3D travaillez-vous pour réaliser vos différents projets?

Pendant presque 15 ans j’ai travaillé avec une large variété de techniques d’impression 3D, la stéréolithographie, le frittage sélectif laser, le dépôt de matière fondue. J’ai aussi expérimenté plusieurs matériaux. J’ai eu l’opportunité de travailler avec de grandes entreprises spécialisées dans la fabrication additive et en 2013, j’ai conçu la première robe imprimée en 3D avec un matériau flexible avec l’entreprise Materialize. Dans le secteur de la mode, je travaille généralement avec le frittage sélectif laser avec un matériau élastique. En concevant des structures à mailles en filigrane, vous pouvez imiter les textiles et tissus et créer des textures qui ne peuvent être associées à aucun autre processus de fabrication, offrant alors à mes créations une esthétique unique.

Ma première collection de prêt-à-porter imprimée en 3D est sortie en 2015 sous le nom de « Sporophyte ». Les designs ont été imprimés par Stratasys en utilisant la technologie Polyjet. En collaboration avec l’une des maisons de haute couture les plus célèbres de Paris, ainsi qu’avec la créatrice hollandaise Iris Van Herpen et la designer autrichienne Marina Hoermanseder, j’ai créé des imprimés 3D dont des créations de mode pour leurs collections. Ces collaborations contribuent à ma vision et montrent bien l’influence des nouvelles technologies dans le domaine de la mode.

3DN: Quels sont les avantages que vous tirez des technologies 3D par rapport aux méthodes de travail traditionnelles?

Parmi la trentaine de vêtements imprimés en 3D que j’ai conçus, certains apparaissent dans des défilés de mode à Paris ou dans des musées. Ces vêtements sont des objets d’art et portent davantage sur l’objet en tant que tel plutôt que sur le fait d’être porté. Parmi mes plus jeunes collections, j’ai développé des vêtements imprimés en 3D qui peuvent être vendus directement aux clients pour être portés lors d’occasions spéciales.

La conception numérique de vêtements sur un ordinateur est un processus qui prend du temps et qui nécessite beaucoup d’expérience et de savoir-faire. Après avoir créé les structures en utilisant des techniques de modélisation 3D et de programmation visuelle, j’ai imprimé des modèles dans mon studio et envoyé quelques fichiers en Belgique, aux Pays-Bas et aux Etats-Unis pour impression. Quelques fois, je colore et affine les impressions puis les couds sur les tissus. La combinaison de l’artisanat numérique et de la couture améliore la qualité du vêtement, son mouvement et sa durabilité.

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Un design de Julia Körner créé en 2016, à porter au quotidien (crédits photo : Sophie Kirchner)

Une fois que vous avez créé un fichier numérique, vous pouvez l’imprimer autant de fois que vous voulez sans travail supplémentaire, ce qui fait une grande différence dans la couture et le design. En plus, vous pouvez réduire les livraisons à l’international si vous pouvez envoyer votre fichier directement par mail et l’imprimer localement. Enfin, la personnalisation de masse et le recyclage du plastique sont des aspects qui, grâce à l’impression 3D, offrent de nouvelles options dans le monde de la mode.

3DN: Quels sont vos futurs projets ?

Récemment, j’ai travaillé sur les costumes d’un nouveau film qui sortira au cinéma en 2019. Beaucoup de nouveaux projets se développement dans ce sens là. Je travaille aussi sur une nouvelle collection pour la marque JK que j’aimerai présenter à  l’automne prochain. J’espère qu’il y a aura de nouveaux matériaux qui faciliteront encore plus l’impression flexible.

A l’Université de Californie, je travaille aussi avec mes élèves sur l’impression 3D de porcelaine grâce à un grand bras robotique à 7 axes. C’est très intéressant de pouvoir utiliser la technologie sur une plus grande échelle.

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Iceland Collection : le sac Hymenium & Venus de Julia Körner (crédits photo : Pia Clodi)

3DN : Que pensez-vous de l’avenir de la conception 3D dans l’industrie cinématographique?

Je vois un très grand potentiel du design 3D dans les films, la technologie est très adaptée pour créer des modèles pour des accessoires et costumes imprimables en 3D. Dans les films, les costumes sont souvent scannés en 3D pour être ensuite modifiés numériquement ou pour ajouter des effets visuels. Mais si le modèle existe déjà sous la forme d’un fichier 3D, vous sautez l’étape du scan 3D et obtenez alors une résolution beaucoup plus détaillée du costume. C’est également beaucoup plus facile de visualiser les modifications apportées au costume et cela contribue à développer des pratiques de travail plus rapides et une meilleure communication entre les graphistes et les designers.

Mon esthétique organique et inspirée de la nature donne de nouvelles idées pour des conceptions qui ne peuvent être faites autrement qu’avec l’impression 3D.

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Un haut réalisé grâce aux technologies 3D par Julia Körner & Marina Hoermanseder (crédits photo : Marina Hoermanseder)

3DN: Un dernier mot pour nos lecteurs?

Je voudrais juste alerter sur trois points qui me semblent importants dans mon secteur d’activités sur lesquels on se trompe de plus en plus. Le premier est “il suffit d’appuyer sur un bouton pour imprimer”. Le développement d’un fichier 3D prend souvent beaucoup de temps et est aussi cher qu’une robe de haute couture faite à la main. Sur quelques uns de mes designs numériques, j’ai passé des mois à travailler sur des programmes informatiques complexes, avec des ingénieurs et des spécialistes de l’impression 3D. C’est seulement grâce à leurs connaissances et à tout ce que j’ai appris en architecture que j’ai pu rassembler l’expertise nécessaire pour aboutir à de tels résultats.

Le deuxième point “C’est la machine qui l’a fait”. Cela est assez attirant, c’est sympa à lire dans une interview mais attention, c’est faux! Toute conception 3D n’est pas générée automatiquement par un ordinateur, on a bien quelqu’un qui crée un design sur l’ordinateur à partir d’outils numériques et de programmes précis. Ces programmes sont façonnés par des personnes également. Il n’y a pas de conception automatique.

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Crédits photo : Ross Lovegrove Studio London

Enfin, dernier mythe, « c’est imprimé en 3D ». Le battage médiatique autour de la technologie va si loin que certains créateurs utilisent cette phrase à tort et à travers. Tout n’est pas vraiment conçu et imprimé en 3D.

On vous tiendra donc informé du film sur lequel travail Julia Körner et ses beaux costumes! En attendant, vous pouvez retrouver plus d’informations sur son site officiel.

Que pensez-vous du travail de Julia Körner? Partagez votre opinion dans les commentaires de l’article ou avec les membres du forum 3Dnatives.

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