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La prothèse myoélectrique imaginée par Nicolas Huchet

Bionico Hand, une prothèse de main à moins de 300€ – Rencontre avec Nicolas Huchet

Lancé en 2012, le projet Bionico Hand porte sur la création d’une prothèse myoéléctrique à partir de plusieurs technologies open-source comme l’impression 3D, des capteurs musculaires ou bien des circuits Arduino. Après plus de deux ans de développement, une nouvelle version devrait bientôt voir le jour et laisse entrevoir de grands espoirs pour un accès élargi à des prothèses économiques et fonctionnelles. C’est pour en savoir plus que nous sommes allés à la rencontre de Nicolas Huchet, le fondateur de Bionico Hand.

article_bionico73DN : Bonjour Nicolas, comment est née le projet Bionico ?

Plusieurs motivations m’ont poussé à me lancer dans ce projet. En premier lieu, une frustration personnelle de ne pas avoir accès aux nouvelles prothèses car non remboursées.

Dans un deuxième temps, c’est ma visite au LabFab de Rennes fin 2012 et la découverte de plusieurs innovations comme l’open-source, l’impression 3D, l’Arduino et plus précisément le projet InMoov de Gaël Langevin, un robot entièrement open-source imprimable en 3D (voir notre interview avec Gaël ICI). Avec son design soigné et entièrement contrôlable par ordinateur, il ne nous restait plus qu’à adapter la main d’InMoov avec des capteurs musculaires pour que ce soit moi qui en ait le contrôle.

Plus globalement, le mécontentement du monde dans lequel nous vivons et l’envie de faire évoluer les choses m’ont poussé à me lancer dans l’aventure.

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Bionico Hand repose sur l’impression 3D et plus particulièrement sur le robot InMoov

3DN : Sur quoi repose la technologie de la prothèse Bionico ?

La prothèse Bionico repose sur la main du projet InMoov. Elle a été imprimée en 3D à partir de plastique ABS, collée avec de l’acétone, et à laquelle des fils de pêche ont été ajoutés afin de permettre la fermeture des doigts. Une carte Arduino ainsi que des actuateurs ont été fixés aux fils, reliés à des capteurs musculaires Advancer Technologies pour contrôler la carte… mais surtout beaucoup de débrouillardise ! En tout, la prothèse a couté environ 300€, loin des 10000€ nécessaires à l’achat d’une prothèse sur le marché. Je précise toutefois qu’il ne s’agit que d’un prototype, qui n’est pas voué à être utilisé tous les jours en l’état.

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Le modèle original imaginé pour le robot InMoov (photo Gaël Langevin)

Le deuxième prototype utilise lui une carte Arduino Nano, des moteurs directement intégré dans la main ainsi qu’un bracelet Myo pour le contrôle. Le modèle reste toutefois basé sur la main InMoov. On continue de travailler sur cette deuxième version et on espère la sortir pour juin 2015.

3DN : En quoi l’impression 3D a facilité son développement ?

Le recours à l’impression 3D a permis d’accélérer la partie prototypage pour un coût vraiment faible. On a pu imprimer des modèles afin de les essayer puis les modifier rapidement. Ca donne le droit de se tromper sans les conséquences qui vont avec… L’impression 3D c’est un grand pas en avant pour matérialiser des conceptions de manière économique.

3DN : Si tout se passe comme tu le veux, que devient Bionico Hand d’ici 10 ans ?

Très bonne question ! Le premier schéma, plutôt fataliste, consiste à dire que c’était une belle aventure, courte mais intense qui a permis à des gens de se rencontrer, de travailler ensemble et qui a inspirée de nombreuses personnes.

Deuxième schéma, idéaliste lui, est de dire que la prothèse n’est plus un prototype, mais que je l’utilise tous les jours. Elle est légère, rapide, robuste, fine, propose 4 mouvements différents et j’ai la possibilité de me baigner avec. Son esthétique est personnalisable selon les personnes. C’est un mix entre DIY et high-tech. Je connais ces caractéristiques techniques sur le bout des doigts.

La présentation du projet en vidéo :

On peut aussi imaginer qu’il existera un réseau international entre amputés de la main, fablabs, universités (INSA Rennes actuellement) et entreprises (SLS France actuellement) afin de favoriser les partages des savoirs et de matériels entre les pays du Nord et du Sud. Localement, des personnes se réinsèrent socialement en participant au projet.

L’utopie douce de « santé pour tous » devient alors possible dans le monde.

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En janvier 2015, le magazine américain Make réservait sa page de couverture à Nicolas

Finalement, My Human Kit sera une start-up humanitaire ou associative qui a su créer un modèle économique basé sur l’open-source. Elle compte 5 employés qui travaillent à plein temps sur le handy lab, on travaille également sur une prothèse auditive et des lèvres bioniques. C’est ma vision futur du projet, mais la route va être longue… on a 1000€ sur notre compte en banque, nous recherchons des mécènes !

3DN : Un dernier mot pour nos lecteurs ?

Certains disent qu’être optimiste est un devoir envers les générations futures et je suis assez d’accord avec ça. Ce n’est pas facile d’être optimiste quand on regarde le monde dans sa globalité, mais c’est bien de rêver un peu si on veut que ça change. Recentrez l’humain au sein de votre entreprise si vous voulez que ça marche !

Pour info, Bionico Hand recherche une personne disponible pour documenter en open-source le travail effectué jusqu’à présent en français et en anglais. Si vous êtes intéressé, vous pouvez nous contacter à [email protected]gmail.com.

Un grand merci à Nicolas pour cette superbe interview et encore bravo pour le chemin parcouru ! Pour en savoir plus sur le projet Bionico Hand, rendez-vous sur le site : www.bionico.org

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Copyright Photos Sami El Basri / Miguel Templon / Bionico Hand / Make Magazine.

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À propos Alex

Consultant en impression 3D, j’ai co-fondé 3Dnatives en 2013 pour promouvoir cette révolution en marche. J’accompagne les entreprises sur les transformations liées à l’impression 3D et j’interviens lors de conférences dédiées au sujet (TEDx, 3D Printshow, 3D Print Lyon, Essec, HEC). Diplômé de l'Université Paris Dauphine et du King's College London en Mathématiques Appliquées vous pouvez me suivre sur twitter @martelalexandre