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H(Earring), des bijoux de prothèses auditives imprimés en 3D

Publié le 20 septembre 2018 par Mélanie R.
h(earring)

Lorsqu’il s’agit de soulager le quotidien de personnes en situation de handicap, les technologies 3D peuvent s’avérer utiles car elles offrent la possibilité de créer des produits adaptés à chacun et parfois de décomplexer totalement la personne concernée. C’est en tout cas le ressenti de Kate, une photographe malentendante qui porte des prothèses auditives depuis plus de 25 ans. Elle a fait appel à deux designers, Flora et Julia, afin de créer une collection de bijoux à accrocher sur ces appareils. L’audioprothèse est alors beaucoup plus esthétique et le handicap plus effacé. La collection, baptisée H(Earring) a remporté le Prix de l’accessoire Swarovski lors du 33e festival international de la mode, de la photo et de l’accessoire de Hyères. Nous avons rencontré Kate, Flora et Julie afin d’en savoir plus sur leur projet commun.

3DN : Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre lien avec l’impression 3D?

Bonjour, moi c’est Kate et je suis photographe, malentendante. J’ai sollicité Flora et Julia pour réaliser une collection de bijoux pour audioprothèses destinée aux personnes malentendantes, un projet qui me tient particulièrement à coeur.

Et nous c’est Flora et Julia (F&J). Nous formons un duo de designers basé à Paris, FandD studio. Notre pratique est interdisciplinaire et nous amène à travailler sur des projets en design produit, accessoires et scénographie. Lorsque Kate nous a proposé cette collaboration, nous avons été très enthousiasmées par la portée sociale d’un tel projet. Son optimisme s’intègre dans un mouvement global d’acceptation de soi et de son individualité qui caractérise notre génération. C’est aussi l’opportunité de faire converger trois mondes : la médecine, la technologie et la mode.

H(earring)

Kate, Flora et Julia

Cette collection est un réel défi technique, qui passe par la compréhension d’une prothèse aux dimensions miniatures et aux courbes complexes. C’est pourquoi nous avons eu recours à une numérisation 3D. Celle-ci nous a permis de comprendre la prothèse et de modéliser avec précision les bijoux destinés à s’y attacher. Les systèmes de fixations ont d’ailleurs fait l’objet d’une attention particulière et varient d’un bijou à l’autre.

Tous les modèles de bijoux ont fait l’objet de plusieurs impressions 3D. Chaque tirage nous permettait de valider le positionnement du bijou sur la prothèse et autour de l’oreille, d’ajuster son dessin et enfin certifier que le bijou ne crée aucune nuisance pour le porteur (sifflement, déséquilibre, altération du son…).  Nous avons travaillé longuement sur l’ergonomie des bijoux pour qu’ils soient confortables et ne nuisent pas au bon fonctionnement de la prothèse.

3DN : Pourquoi avoir lancé le projet H(earring)? 

Kate : Je porte des appareils auditifs depuis plus de vingt-cinq ans. Je pense que l’aspect de leurs contours s’apparente trop à celle d’une prothèse médicale, et marque le handicap. Les prothèses sont la plupart du temps proposées dans des gammes colorées limitées proches de la couleur de la peau et des cheveux (noir, gris, beige…). Elles sont dessinées de manière à être les moins visibles et les plus discrètes possible. Je ne suis pas partisane du fait de cacher son handicap mais au contraire de l’exposer avec esthétisme et sans agressivité.

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F&J : Nous avons développé des habillages se déclinant du plus fin au plus visible, seul, en paire ou dépareillé, s’attachant au contour uniquement, amplifiant ses courbes. La prothèse est soulignée, prolongée, épaissie, gonflée, elle brille et devient remarquable. L’appareil n’est plus dissimulé, il s’assume et s’affiche comme un acte de revendication. C’est l’occasion de créer une collection de bijoux au vocabulaire formel inhabituel et dont le dessin fait écho non seulement à la silhouette de la prothèse mais aussi à celle de l’oreille.

Ce projet est caractérisé par une dualité qui place la technologie au service du sensible. Nos dessins évoquent en effet cette tension et font cohabiter des silhouettes géométriques et régulières avec des formes plus organiques et altérées. Le choix des matériaux plus ou moins précieux ainsi que les différents traitements de surfaces rendent aussi compte de ce contraste. L’évocation de l’eau et du fluide notable dans certaines pièces de la collection provient d’une conversation avec Kate durant le processus d’élaboration du projet. En effet lorsqu’elle ne porte pas ses appareils auditifs, elle imagine que sa perception du son pourrait être similaire à la nôtre lorsque nous sommes sous l’eau.

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3DN : Pourquoi avez-vous eu recours à l’impression 3D? Quelles technologies et matériaux avez-vous utilisés? 

F&J : Nous travaillons beaucoup en modélisation 3D, la précision de cet outil est particulièrement cohérente avec l’échelle de la prothèse. C’est donc naturellement que nous avons eu recours à l’impression 3D, cette technique nous a permis d’ajuster rapidement les modèles. En travaillant en étroite collaboration avec Kate nous avons pu développer un produit particulièrement adapté à ses besoins et ses exigences. Ainsi chaque modification faite sur le modèle pouvait rapidement être testée par Kate grâce à l’impression 3D.

Nous avons fait une résidence au carrefour numérique de la cité des sciences et de l’industrie qui possède un parc d’imprimantes 3D. Grâce à leur machines nous avons testé rapidement les volumes afin de proposer des bijoux qui s’accrochent parfaitement à la prothèse. Les premiers tirages en 3D ont été réalisés en PLA sur des modèles Ultimaker 2 et 3. Les impressions en PLA blanc permettent de mieux appréhender la silhouette de l’objet une fois porté par rapport à celles en PLA noir, par contraste. Les objets étant particulièrement petits, fins et leurs silhouettes toutes en courbes, il est parfois compliqué de détacher les supports des Ultimaker 2 sans casser les pièces. C’est pourquoi nous avons principalement utilisé la Ultimaker 3 pour les pièces les plus complexes. Son principe de double extrusion permet de distinguer parfaitement le support de la pièce et de la détacher aisément. En effet le socle de l’impression est imprimé avec un matériau soluble dans l’eau. Pour accélérer le processus de dissolution du support, il faut ajouter de l’eau chaude. Attention à ne pas dépasser 30°-35°, au risque de déformer la pièce. On passe la pièce sous le robinet, le jet d’eau permet de retirer les résidus les plus tenaces. De manière générale les temps d’impression allaient de 20 minutes à quelques heures.

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Dans un second temps des prototypes ont été réalisés en utilisant la technique de la fonte à la cire perdue à partir des modélisations 3D; il s’agit d’imprimer le modèle 3D directement en cire puis de le mouler. Le métal est ensuite coulé dans ce moule. Cette deuxième étape était nécessaire pour valider le comportement des pièces en métal, leur confort et la facilité de leur mise en place sur la prothèse. En ce qui concerne les pièces en résine, le mouleur a pu travaillé directement depuis un tirage 3D en SLS, les impressions au fil nécessitaient un travail de finition en post-impression trop important.

Les pièces définitives de la collection ont été réalisées par un artisan mouleur, et un joaillier, basés à Paris. L’ensemble a été assemblé, poli et plaqué en or et rhodium.

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3DN : Quel est l’avenir de l’impression selon vous dans le secteur des prothèses auditives? 

F&J : L’impression 3D dans le secteur des prothèses de manière générale peut amener à des objets plus adaptés à chaque utilisateur puisqu’elle permet à chacun d’ajuster un dessin suivant sa morphologie. Le projet Hearring est une collection de bijoux à fixer sur les prothèses auditives. En ce sens ni le design ni la technologie de ces dernières n’ont été modifiés. Néanmoins dans notre processus de designer produit, l’impression 3D est un outil extrêmement utile : elle nous permet de matérialiser de manière quasi immédiate nos envies et nos dessins et ce, de manière extrêmement précise. En quelque sorte l’imprimante fait de nous des artisans de la 3D.

3DN : Un dernier mot pour nos lecteurs?

K, F&J : Nos bijoux sont d’abord des réponses aux intérêts et besoins des utilisateurs mais sont aussi des outils politiques. Nous souhaitons tirer partie de l’incroyable pouvoir de la mode sur les consciences pour changer la vision de l’aide auditive, la sublimer pour la décomplexer.

Que pensez-vous du projet H(Earring)? Partagez votre opinion en commentaire de l’article ou avec les membres du forum 3Dnatives.

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