Aérospatiale et Défense

Les toilettes d’Artemis II sont-elles vraiment imprimées en 3D ?

La mission Artemis II a décollé le 1er avril avec quatre astronautes à bord pour le premier vol habité autour de la Lune depuis plus d’un demi-siècle. Ils ont emporté l’Universal Waste Management System (UWMS), les premières toilettes fonctionnelles à effectuer un vol habité dans l’espace lointain. Depuis lors, on décrit l’UWMS comme des toilettes « imprimées en 3D en titane ». Mais dans quelle mesure cette affirmation est-elle exacte ?

L’UWMS n’est pas un système nouveau. La société Collins Aerospace a commencé à le développer en 2015 dans le cadre d’un contrat avec la NASA d’environ 30 millions de dollars. Un premier exemplaire a rejoint la Station spatiale internationale en 2020 pour y être testé. La version qui a voyagé à bord de la capsule Orion lors de la mission Artemis II est une adaptation compacte de ce même modèle pour l’espace lointain.

Le système de toilettes installé à bord de l’ISS (crédits photo : NASA).

Où intervient la fabrication additive ?

En septembre 2020, quelques jours avant l’envoi de l’UWMS vers l’ISS, la NASA a déclaré sur son compte Tumblr officiel que les toilettes spatiales comprenaient « un couvercle en titane imprimé en 3D pour son séparateur à double ventilateur ». Ce séparateur (Dual Fan Separator ou DFS) est le cœur mécanique de l’UWMS : il génère le flux d’air qui, en l’absence de gravité, entraîne les déchets vers les réceptacles de collecte.

À la même période, l’astronaute Andrew Morgan a donné plus de détails lors d’une conférence virtuelle avec la National Science Foundation, où il a déclaré que le système « présente en outre de nombreuses nouvelles technologies, parmi lesquelles des pièces en titane imprimées en 3D ».

Pourquoi recourir à l’impression 3D pour ces pièces ?

On manque encore de détails sur la fabrication, mais la logique de conception peut être déduite. Le couvercle du DFS présente une géométrie complexe : deux volutes distinctes pour chaque turbine, des canaux d’écoulement d’air avec des exigences de pression différentes et un logement pour le séparateur centrifuge avec son réducteur à engrenages. Produire cette géométrie en titane sous la forme d’une seule pièce, c’est le genre de cas où la fabrication additive se justifie. Le titane a été choisi pour sa résistance à la corrosion due au prétraitement acide de l’urine. L’impression 3D permet ici de remplacer un assemblage de plusieurs composants par une pièce unique, plus légère et avec moins de points de défaillance.

L’UWMS a connu plusieurs défaillances pendant Artemis II. Le contrôleur électronique du DFS a cessé de fonctionner une heure après le décollage. Quelques jours plus tard, l’urine a gelé dans la conduite de ventilation extérieure, et le centre de contrôle de mission a dû faire pivoter la capsule pour dégeler la conduite à l’aide de la lumière du soleil. Pour l’instant, rien n’indique que les pièces imprimées en 3D aient contribué à ces défaillances.

Pour Artemis III, où deux astronautes passeront plusieurs semaines sur la surface lunaire, l’UWMS devra faire mieux. Collins Aerospace et la NASA devront évaluer la fatigue, la corrosion et l’intégrité structurelle de chaque composant après les vibrations du lancement et l’exposition thermique de l’espace lointain. Si ces analyses couvrent aussi les performances des pièces fabriquées par impression 3D, on aura enfin un retour concret sur la tenue du titane imprimé en 3D au-delà de l’orbite basse.

Qu’en pensez-vous des toilettes de la mission Artemis II ? Partagez votre avis dans les commentaires de l’article. Vous êtes intéressés par l’actualité de l’impression 3D dans l’industrie de la défense ? Cliquez ICI. Vous pouvez aussi nous suivre sur Facebook ou LinkedIn !

*Crédits photo de couverture : NASA/Bill Ingalls

Carol S.

Share
Publié par
Carol S.

Articles récents

Carbone et titane : Apiar relève le défi d’un boîtier de montre 100 % additif

“Impossible watches. Made possible.” : voici ce qu’on peut lire sur le site du fabricant…

15 octobre 2026

Morpho, l’imprimante UV de bureau qui dépasse les 9 millions d’euros sur Kickstarter

En 2020, un groupe d'ingénieurs a quitté DJI pour fabriquer une imprimante 3D de bureau,…

14 octobre 2026

AMinsider, le podcast de la fabrication additive, rejoint 3Dnatives

Le podcast AMinsider rejoint l'écosystème 3Dnatives afin de proposer aux lecteurs une nouvelle perspective sur…

13 octobre 2026

La future église de Neratovice sera imprimée en 3D

On est sans doute devant l’une des plus grandes églises imprimées en 3D dans le…

12 octobre 2026

Le titane peut-il flotter ? Des chercheurs australiens y parviennent grâce à la fabrication additive

Des ingénieurs de l'université RMIT, à Melbourne, ont présenté une structure lattice en titane imprimée…

9 octobre 2026

#Startup3D : Scrap Labs réduit l’impression 3D métal au format de bureau

Les imprimantes 3D métal utilisant la fusion laser sur lit de poudre (LPBF) coûtent généralement…

8 octobre 2026

Ce site utilise des cookies anonymes de visite, en poursuivant vous acceptez leur utilisation.