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Startup 3D du mois : BIOMODEX imprime en 3D des organes pour améliorer la simulation chirurgicale

Le mois dernier, nous vous présentions ONO, la startup qui vous permet d’imprimer en 3D à partir de votre téléphone. Aujourd’hui, la startup 3D du mois sur 3Dnatives est spécialisée dans un tout autre domaine : BIOMODEX révolutionne le monde chirurgical. Après s’être rendu compte que les erreurs médicales étaient la troisième cause de décès aux Etats-Unis, Thomas Marchand et Sidarth Radjou ont imaginé une solution pour pallier à ce problème. Leur startup imprime en 3D des organes et des modèles de simulation afin que les chirurgiens puissent s’exercer avant une opération et ainsi réduire les risques associés.

3DN : Pouvez-vous présenter BIOMODEX et nous dire comment est né le concept ?

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Thomas Marchand

BIOMODEX est une startup française basée à Paris et Boston qui développe des organes synthétiques, imprimés en 3D à partir de l’imagerie médicale des patients. Nous répondons à un besoin de formation des chirurgiens sur des pathologies spécifiques et l’entrainement pré-opératoire. 

Ce projet est issu de ma rencontre avec Sidarth Radjou, co-fondateur de la société qui a travaillé sur la façon de valoriser l’imagerie médicale dans l’impression 3D à l’école Centrale Paris. De mon côté, j’avais également travaillé sur mon mémoire de Master à l’ESSEC avec le thème suivant : « L’impression 3D dans la santé, quelles opportunités ? ». Notre association 15 jours après la rencontre était donc très naturelle !

3DN : Quel est votre rôle chez BIOMODEX et votre lien avec l’impression 3D ?

Notre rôle est d’améliorer la formation en chirurgie à travers deux axes. Le premier est de reproduire des organes comme une oreille et la complexité de son anatomie (chaine d’osselets, oreille interne) ou des traumatismes (classification de fractures du poignet). Cela nous permet d’offrir une réelle alternative aux solutions de formation chirurgicale qui ne sont pas satisfaisantes aujourd’hui (entrainement sur les patients, les pièces anatomiques de cadavres ou l’animal ce qui pose des problèmes éthiques et logistiques). 

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L’autre axe de développement est l’entrainement pré-opératoire. A travers une plateforme web, le médecin peut uploader des images médicales de son patient, issues de scanners, IRM ou échographie. Quelques jours après, il reçoit dans son hôpital l’organe synthétique BIOMODEX sur lequel il peut s’entrainer, choisir la bonne approche, la bonne stratégie opératoire et la bonne prothèse adaptée à son patient (taille et positionnement). Nous nous inscrivons ainsi pleinement dans le domaine de la médecine personnalisée et espérons faire baisser le risque opératoire de manière substantielle. Aussi, notre offre d’entrainement pré-opératoire permettra de générer des économies aux systèmes de santé étatiques ou aux assurances privées car les chirurgiens passeront moins de temps au bloc opératoire ($50 la minute sans le personnel aux USA) et les patients connaîtront moins de complications nécessitant une coûteuse ré-hospitalisation. 

En 2017, nous imprimerons 1000 organes synthétiques dans le cadre de programmes pilotes, principalement aux Etats-Unis.

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3DN : Comment réalisez-vous vos maquettes de simulation pour les chirurgiens? 

BIOMODEX a développé une technologie propriétaire et brevetée : INVIVOTECH. A partir d’une imagerie médicale standard récupérée dans le parcours de soin classique et à travers de multiples étapes numériques, nous sommes capables de reproduire des organes qui se comportent de manière très fidèle sous l’outil chirurgical du clinicien. Le coeur de notre technologie consiste à créer des matériaux composites qui vont avoir les mêmes caractéristiques biomécaniques que les tissus humains, qu’ils soient durs ou mous. Par exemple, nous sommes capables d’imprimer en 3D et dans une seule pièce une cheville avec tous les éléments anatomiques comme la peau, les os, les ligaments, les tendons, les artères, les veines, le cartilage, etc.

Nous avons la chance d’être accéléré pendant les 5 premières années par le 3D Experience LAB, accélérateur de Dassault Systèmes sans qui notre développement n’aurait pas été le même. Par ailleurs, cet accompagnement de haut niveau nous permet d’avoir un avantage concurrentiel supplémentaire. Ainsi, BIOMODEX a le potentiel de devenir le leader mondial de son domaine.

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3DN : Quels sont les futurs développements de votre entreprise?

Après avoir développé des simulateurs dans le domaine de l’ORL et l’orthopédie, notre priorité pour les années à venir sera concentrée sur le vasculaire et le cardiovasculaire. En effet, les pathologies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité dans le monde ; BIOMODEX a donc son rôle à jouer dans ce domaine très intéressant et plein de challenges. Nous sommes notamment accompagnés et soutenus par les plus grands chirurgiens du domaine, de renommée internationale comme le Professeur Jacques Moret, Professeur Alain Cribier ou le Professeur Jean-Pierre Becquemin. Cela nous donne déjà une crédibilité clinique internationale. Avec l’aide de ces experts, l’objectif est désormais de prouver que nous permettons de mieux former les chirurgiens et faire baisser le risque opératoire avec des études et des publications scientifiques.

Une simulation chirurgicale d’une arthroscopie de la cheville :

3DN : Comment voyez-vous le futur de l’impression 3D en chirurgie ?

Comme nous l’anticipons, la personnalisation du traitement est une révolution en chirurgie qui permettra de traiter les patients de manière moins risquée et plus efficace, que ce soit d’un point de vue clinique ou économique. C’est d’ailleurs une des offres de valeur principale de l’impression 3D: la personnalisation facile au moindre coût. 

3DN : Un dernier mot pour nos lecteurs ?

Aujourd’hui, on constate une morosité sur le marché de l’impression 3D, avec par exemple la chute spectaculaire de la valorisation des sociétés d’impression 3D en bourse aux USA depuis 2012 ou la récente diminution de la taille de l’équipe de Makerbot de 50% en 2 ans. Toutefois, il faut garder confiance en cette technologie qui est réellement unique et révolutionnaire. Après un buzz et un hype de l’impression 3D (certains ont parlé de bulle), nous sommes aujourd’hui dans une phase de correction du marché. Nous changeons de paradigme pour passer d’un besoin de prototypage à une ère de production en masse. BIOMODEX a pour vocation d’être un des premiers acteurs à fabriquer des organes synthétiques industriellement.

Découvrez l’interview de Thomas Marchand au CES 2017 :

L’impression 3D peut-elle révolutionner la façon dont les futurs chirurgiens vont opérer? Partagez votre avis dans les commentaires de l’article ou avec les membres du forum 3Dnatives.


À propos melanie

Diplômée de l'Université Paris Dauphine, je suis passionnée par l'écriture et la communication. J'aime découvrir toutes les nouveautés technologiques de notre société digitale et aime les partager. Je considère l'impression 3D comme une avancée technologique majeure touchant la majorité des secteurs. C'est d'ailleurs ce qui fait toute sa richesse.